AGOKWA - 2016

© Yann Marussich

© Yann Marussich

© Sarah Maitrot

© Sarah Maitrot

© Sarah Maitrot

© Sarah Maitrot

© Sarah Maitrot

© Sarah Maitrot

Description:

« La vûë de ces hommes déguisez en femmes, surprit les Européens qui aborderent les premiers en Amerique. Comme ils ne pénetroient point les motifs de cette espece de métamorphose, ils se persuaderent que c’étoit des gens en qui les deux sexes étoient confondus: en effet nos anciennes Rélations ne les appellent pas autrement que Hermaphrodites. Quoique l’esprit de la Religion qui leur fait embrasser cet état les fasse regarder comme des hommes extraordinaires, ils sont neanmoins réellement tombez, parmi les Sauvages même, dans ce mépris où étoient anciennement les Prêtres de Venus Uranie & de Cybèle; & soit qu’effectivement ils se soient attirez ce mépris en s’asservissant à des passions honteuses, soit que l’ignorance des Européans sur les causes de cette condition, fondât contre eux des soupçons fâcheux; ces soupçons entrerent si avant dans leur esprit, qu’ils en imaginerent tout ce qu’on pouvoit penser de plus desavantageux; & cette imagination alluma si fort le zele de Vasco Nugnes [p. 54] de Valboa Capitaine Espagnol qui découvrit le premier la Mer du Sud, qu’il en fit périr un grand nombre, en lâchant sur eux ces dogues furieux, dont ceux de sa Nation se sont servis pour détruire une grande partie des Indiens ».

Joseph-François Lafitau « Mœurs des Sauvages Amériquains » (1724)


L’obscénité est dans l’hypocrisie des lois, l’abrutissement psychologique de la masse soumise, la limitation des mouvements de la chair au sein du champ social, la culture de la peur et de l’insécurité, l’étouffement planifié de l’expérience, l’infini des technologies qui perpétuent l’autorégulation et la discipline de foules fascinées par le spectacle de leur asservissement et la promesse d’une félicité nouvelle.

Antoine D’Agata


La performance à proprement parler met au centre un personnage : l’ Homme – Femme.
Agokwa. C’est un des noms que les amérindiens donnent aux hommes-femmes. Two spirits en est un autre. Ce sont des hommes qui vivent comme des femmes, s’habillent comme des femmes. Sont considérés comme des femmes. Pendant des siècles, ceux- ci étaient complètement intégrés dans les sociétés amérindiennes. Certains étaient même érigés au rang de chamanes. Ils étaient donc valorisés. L’arrivée des colons fut un désastre absolu. Ils furent considérés comme des démons sodomites. Les colons ordonnèrent donc leur génocide par dévoration. On est alors en pleine période de l’Inquisition et les conquistadors voyagent avec leurs dogues. Aujourd’hui est pratiqué un génocide de la mémoire, plus vicieux et tout aussi mortel. Par sa présence d’homme et de femme à la fois, Yann Marussich souhaite rendre hommage à ces Agokwa.
« Instaurer un dialogue profond avec la mémoire des Agokwa, non pas à travers leur histoire, mais à travers une certaine reconnaissance du mode sociétal des amérindiens et de la reconnaissance que ces sociétés amérindiennes ont su porter envers ces hommes-femmes. Leur insertion naturelle, car tout individu doit avoir une place. Ils étaient chamanes. Je rends hommage aux chamanes qui vivent en nous et que nous avons du mal à reconnaître. Je rends hommage à ces hommes-femmes qui ont su faire vivre en eux-elles la part féminine et la part masculine qui sont intrinsèquement en eux-elles mais aussi en chacun de nous. Car ainsi nous sommes faits et nous devons le reconnaître, sous peine de devenir des chiens, ceux-là même qui ont dévoré les Agokwa. Je rends hommage à la femme en moi. Je rends hommage à l’homme qui est aussi en moi. Je rends hommage à leur riche dialogue intérieur. C’est la seule chose que je puisse faire. Oui, il y a une autre chose que je peux faire : c’est dénoncer. »




Dates passées:
01.12.2016 - 18:00AGOKWAEspace Cheminée Nord - Usine Kugler Espace Cheminée Nord - Usine KuglerGenève (Suisse)